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Collectif DDH

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Turquie-Israël : Le commerce secret derrière l’embargo officiel

Alors que le gouvernement turc a officiellement annoncé un embargo total sur le commerce avec Israël en mai 2024, des enquêtes indépendantes révèlent la persistance de flux économiques stratégiques. Entre le transit de pétrole azerbaïdjanais via le port de Ceyhan et l’utilisation de navires aux signaux GPS désactivés, le contraste entre la diplomatie de Recep Tayyip Erdoğan et les statistiques d’exportation interroge. Découvrez les coulisses de cette « Realpolitik » où les intérêts énergétiques en Méditerranée orientale semblent primer sur la rupture politique.

Lors de son intervention à la Grande Assemblée nationale de Turquie (TBMM) le 12 février 2026, le député du DEM Parti, Ömer Faruk Gergerlioğlu, a affirmé que les relations commerciales entre la Turquie et Israël se poursuivaient pendant que le génocide continuait à Gaza, malgré les déclarations officielles annonçant leur suspension complète en mai 2024. Selon les évidences présentées, les déclarations publiques ne correspondent pas à la réalité des flux économiques observés.

Une logistique discrète au cœur des échanges

Bien qu’Ankara ait annoncé la fin du commerce avec Israël, des données issues du commerce international indiqueraient que les échanges ont continué par divers canaux, y compris indirects. Plusieurs analyses publiées récemment évoquent des exportations turques vers Israël atteignant plusieurs centaines de millions de dollars au cours des premiers mois de l’année, malgré l’annonce officielle d’un embargo.

L’un des points centraux du discours du député concerne le transport pétrolier. Il affirme que des navires quittant le port de Ceyhan auraient désactivé leur système de suivi AIS avant de se diriger vers des ports israéliens. Cette affirmation a été confirmée par des chercheurs affiliés au Palestinian Youth Movement, à Energy Embargo for Palestine et à Progressive International, qui ont analysé des images satellites et des incohérences maritimes.

Selon leur rapport, au moins 57 cargaisons de pétrole brut, représentant près de 6 463 kilotonnes, auraient été livrées de Ceyhan vers Israël après l’annonce de l’embargo commercial turc. Gergerlioğlu a notamment cité le navire Nissos Christiana, affirmant qu’après avoir chargé du pétrole à Ceyhan, il avait ensuite été localisé au port de Haïfa. Pour les auteurs de ces enquêtes, ce cas s’inscrirait dans un schéma plus large où certains pétroliers désactiveraient temporairement leurs signaux de suivi afin de brouiller les trajectoires réelles.

Le rôle central du corridor énergétique

Ces allégations s’inscrivent dans un contexte lié au pétrole azerbaïdjanais transitant par l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan. Le député a rappelé que la Turquie percevrait une commission par baril sur ce transit, soutenant ainsi que l’État bénéficierait indirectement de ces flux, malgré les déclarations politiques de rupture. Face à ces accusations, les autorités turques maintiennent que les échanges ont été suspendus et que les transactions relèvent d’entreprises privées agissant de manière indépendante.

Rhétorique politique et controverses médiatiques

Le contraste entre la posture diplomatique et les éléments avancés par des enquêtes indépendantes constitue l’un des points les plus sensibles du débat. Pour les critiques du gouvernement, cette situation illustre un décalage entre la défense publique d’un embargo sur la scène internationale et le maintien, en arrière-plan, de relations économiques stratégiques.

Dans ce contexte, le journaliste d’investigation Metin Cihan a lui aussi documenté ce décalage entre le discours officiel et la réalité des flux commerciaux. À la suite de ces publications, plusieurs de ses contenus ont été bloqués en Turquie par décisions judiciaires. Pour les observateurs indépendants, ces mesures ne contestaient pas la précision technique des données maritimes, mais invoquaient des atteintes à la réputation, limitant ainsi la diffusion d’informations exposant les contradictions du pouvoir.

La stratégie du double discours : Un équilibre fragile

L’ensemble de ces éléments alimente une analyse sur la contradiction entre le discours politique et les réalités économiques. D’un côté, un gouvernement affirme rompre les relations avec Israël ; de l’autre, des données suggèrent la continuité de flux énergétiques. Pour certains chercheurs, cette situation relèverait d’une stratégie où une rhétorique mobilisatrice est déployée à destination de l’opinion publique, tandis qu’en coulisses, les intérêts stratégiques et les leviers économiques sont préservés. Dans un paysage médiatique largement dominé par des groupes proches du pouvoir, ces controverses peinent souvent à nourrir un débat public durable.