SEPTEMBRE 2025 – ACTUALITÉ DES DROITS HUMAINS EN TURQUIE
DETENTION ET ARRESTATION ARBITRAIRES
Le total de la période ministérielle a été actualisé à 11 667 opérations et 19 025 arrestations/détentions de suspects.
Tout au long mois de septembre, les procureurs ont ordonné la détention d’au moins 273 personnes soupçonnées d’avoir des liens avec le mouvement Gülen. En octobre 2020, un avis du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire (WGAD) a déclaré que l’emprisonnement généralisé ou systématique de personnes soupçonnées d’avoir des liens avec le groupe pouvait constituer un crime contre l’humanité. Solidarity with OTHERS a compilé une base de données détaillée afin de suivre les détentions massives liées au mouvement Gülen depuis le coup d’État manqué de juillet 2016.
5 septembre : les autorités turques ont arrêté 41 personnes lors de raids menés dans 21 provinces à travers le pays pour leurs liens présumés avec le mouvement Gülen. Parmi elles, 25 ont été placées en détention et sept ont été libérées sous surveillance, dans le cadre d’une campagne de répression qui a vu plus de 126 000 personnes condamnées et 11 085 toujours emprisonnées depuis 2016.
14 septembre : Hazım Sesli, ayant purgé sa peine, s’est vu arbitrairement refusé et à deux reprise, sa demande de libération conditionnelle.
17 septembre : les procureurs turcs ont arrêté 31 personnes lors de deux opérations menées cette semaine pour leurs liens présumés avec le mouvement Gülen au sein de l’armée — 21 lors de raids menés par Konya dans 17 provinces et 10 officiers de la marine à Ankara — en s’appuyant sur des « enquêtes sur les cabines téléphoniques » qui présument la culpabilité à partir de séquences d’appels sans preuve du contenu, dans le cadre d’une purge qui dure depuis des années et qui a donné lieu à plus de 126 000 condamnations depuis 2016.
19 septembre : suite à l’objection du procureur, Civan Boltan été détenu en isolement de 11 jours à ce prisonnier malade, en raison de ses livres et notes malgré la décision du tribunal correctionnel déclarant la peine illégale,
24 septembre : Les directives actualisées du ministère britannique de l’Intérieur sur le mouvement Gülen en Turquie, datées d’août 2025, mettent en évidence les poursuites judiciaires massives, les allégations de torture, le licenciement de 125 000 fonctionnaires, l’annulation de plus de 230 000 passeports et les enlèvements transnationaux, réaffirmant que la persécution des partisans présumés reste systémique et que la protection est généralement inexistante en Turquie.
26 septembre : Şeyma Aslan, ancienne professeure de biologie condamnée à six ans et dix mois de prison pour ses liens présumés avec le mouvement Gülen, a été arrêtée à Edirne İpsala et envoyée à la prison de type L d’Edirne avec sa fille de 12 mois, alors que son appel est toujours en instance devant la Cour suprême.
27 septembre : Cemil İvrendi, prisonnier gravement malade et incarcéré depuis 31 ans, n’a pas été libéré malgré l’expiration de sa peine, au motif qu’il « n’a pas rompu ses liens avec l’organisation ». Il a été condamné à la prison à vie pour « atteinte à l’unité et à l’intégrité de l’État »
26 septembre : Şeyma Aslan et Meryem Feyza Aslan (12 mois). La mère, licenciée par décision de justice, a été arrêtée et incarcérée avec son bébé de 12 mois. Elle a été condamnée à 6 ans et 10 mois de prison pour appartenance présumée au mouvement Gülen.
DROIT A LA VIE
7 septembre : L’éducateur İbrahim Güngör (72 ans), ancien administrateur de l’université Gediz d’Izmir emprisonné pour ses liens présumés avec le mouvement Gülen, est décédé dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital municipal d’Izmir après avoir été renvoyé en prison malgré une grave maladie d’Alzheimer, une pneumonie et d’autres pathologies, les demandes répétées de sa famille pour qu’il soit libéré ayant été ignorées.
8 septembre : Önder Poyraz s’est vu refuser des soins médicaux, ce qui lui a fait perdre la plupart de ses fonctions physiques et l’a contraint à rester en fauteuil roulant. Condamné à deux peines d’emprisonnement à perpétuité aggravées pour « atteinte à l’unité et à l’intégrité de l’État » et « appartenance à une organisation ». Suite à des opérations chirurgicales, il a été emmené à l’hôpital puis placé en isolement. Il a été déclaré qu’au regard de son état de santé, il lui était impossible de rester en prison, malgré une demande de transfert à l’institut de médecine légale et que sa demande avait été reçue.
12 septembre 2025 : Veysi Abdurrahmanoğlu, actuellement détenu à la prison, il n’a pas été libéré malgré ses multiples problèmes de santé graves. Il a du mal à se tenir debout seul et ne peut mener sa vie quotidienne qu’avec l’aide d’autres personnes. Son médecin a déclaré le maintien de son incarcération détériorera encore davantage sa santé et que son état actuel est incompatible avec la vie en prison.
13 septembre : Asaleddin Çelik, professeur d’anglais de 52 ans atteint d’un cancer, son traitement a été pris en charge très tardivement, ce qui a conduit à sa mort environ un mois après sa libération, malgré la dénonciation de son cas par le député Gergerlioğlu.
16 septembre : Tuba Baştuğ, détenue et arrêtée alors qu’elle était enceinte, a été renvoyée en prison avec son bébé après son accouchement. Elle a été arrêtée il y a un an dans le cadre d’affaires liées à la question kurde et condamnée à la prison à vie. Les proches rapportent que les mauvaises conditions de détention et l’attitude négative des gardiens ont eu de graves répercussions sur la mère et l’enfant. Le manque d’hygiène et de soins médicaux adéquats présente de sérieux risques, en particulier pour un nouveau-né.
22 septembre : Dede Anıl, Un prisonnier gravement malade, atteint d’un handicap à 98 %, n’est pas libéré malgré son état de santé critique.
22 septembre : Murat Düzenli, un bébé détenu en prison avec sa mère, n’a pas été hospitalisé malgré ses graves blessures. Sa mère a été condamné à 6 ans, 10 mois et 15 jours de prison pour appartenance présumée au mouvement Gülen.
25 septembre : Tayfun Kahraman, détenu et condamné à 18 ans d’emprisonnement. Son état de santé de détériore suites aux multiples retards et les conditions de détentions. L’administration pénitentiaire et les établissements de santé rendent le suivi et le traitement de la maladie de M. Kahraman de plus en plus difficiles.
25 septembre : Ayşe Solak, femme au foyer et atteinte d’un cancer, elle reste incarcérée pour avoir un compte à la Bank Asya, distribué des repas à des étudiants et avoir l’application de messagerie Bylock. Elle a été condamnée à 6 ans et 8 mois de prison pour appartenance présumée au mouvement Gülen.
30 septembre : Yusuf Özkan, ancien enseignant emprisonné pour ses liens présumés avec le mouvement Gülen, est décédé d’une crise cardiaque à la prison de Konya Ereğli après s’être effondré dans sa cellule.
30 septembre : Süleyman Yıldırım, avocat, a vu son état de santé considérablement dégradé suite aux négligences et retards dans les soins. Plus récemment, les médecins ont affirmé que si les traitements n’avaient pas été négligés, il n’y aurait pas eu la nécessité d’amputer sa jambe.
30 septembre : Cafer Ongun, condamné à six mois et demi d’emprisonnement, est décédé en soins intensifs. Il était le cinquième détenu du KHK à mourir en prison ce mois-ci.
DISPARITIONS FORCEES :
On est sans nouvelles de Yusuf Bilge Tunç, un ancien fonctionnaire licencié par décret-loi pendant l’état d’urgence de 2016-2018 et porté disparu depuis le 6 août 2019. Il s’agit apparemment d’un des derniers cas en date d’une série de disparitions forcées présumées de détracteurs du gouvernement depuis 2016.
INDEPENDANCE JUDICIAIRE ET PRIMAUTE DU DROIT
3 septembre : un tribunal d’Istanbul a annulé le congrès provincial du CHP prévu en octobre 2023, révoqué le président Özgür Çelik et son bureau, suspendu 196 délégués et nommé un bureau provisoire composé de cinq membres, une décision qui, selon les détracteurs, ouvre la voie à l’annulation du vote national pour la direction du parti lors d’une audience prévue le 15 septembre.
5 septembre : Le Fonds turc d’assurance des dépôts (TMSF) a annoncé la vente de Maydonoz Döner et des actifs connexes, dont 390 restaurants et la marque My Fried Chicken, pour un prix de base de 2,8 milliards de livres turques, dans le cadre de la liquidation des entreprises saisies pour leurs liens présumés avec le mouvement Gülen.
CONDITIONS DE DETENTION :
4 septembre : selon les données du ministère de la Justice, la population carcérale turque atteignait 419 194 personnes au 1er septembre, dépassant ainsi la capacité officielle de plus de 114 000 personnes, après avoir augmenté de plus de 16 000 personnes depuis avril et avoir été multipliée par près de huit depuis 2000.
12 septembre : L’Association du barreau d’Istanbul a exhorté la Turquie à fermer les prisons de haute sécurité de type « fosse » après la publication d’un nouveau rapport faisant état de violations des droits humains, notamment un isolement cellulaire quasi permanent, un manque d’exercice physique et d’intimité, ainsi que des soins médicaux inadéquats, alors que les détenus poursuivent leur grève de la faim pour réclamer leur transfert.
12 septembre : Yasin Kaya, détenu malade incarcéré, il s’est vu refusé son droit d’accès à des soins médicaux car il avait refusé de porter des chaussons. Il devait subir une intervention chirurgicale mais qui a été refusé depuis un an du fait qu’il n’ait refusé de se conformer à ces exigences.
DROITS DES FEMMES
5 septembre : En août, 29 femmes ont été assassinées et 28 sont décédées dans des circonstances suspectes en Turquie, la plupart tuées par des membres masculins de leur famille à leur domicile, ce qui met en évidence l’impunité endémique et l’aggravation de la violence sexiste depuis le retrait du pays de la Convention d’Istanbul en 2021.
LIBERTE DE REUNION ET D’ASSOCIATION
2 septembre : La police a utilisé la force physique pour arrêter huit personnes lors d’une veillée organisée à Ankara par l’Association de solidarité avec les familles des prisonniers (TAYAD) en soutien à Serkan Onur Yılmaz, qui mène une grève de la faim en prison.
4 septembre : un foyer universitaire public de Mersin a expulsé définitivement 15 étudiantes accusées d’avoir participé à des manifestations contre la détention du maire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, invoquant des activités jugées préjudiciables à « l’unité nationale », bien que les étudiantes nient toute implication et envisagent d’intenter une action en justice.
5 septembre : À Istanbul, cinq personnes, dont trois membres du Parti des travailleurs de Turquie (TİP), ont été arrêtées lors de perquisitions à leur domicile pour avoir participé à une marche de protestation organisée le 2 septembre 2025 par des étudiants de l’université Boğaziçi à la suite du meurtre de Hilal Özdemir, 15 ans, lors d’une attaque armée pendant un mariage sur le campus.
12 septembre : Pelin Gümüşdağ, étudiante à l’université Boğaziçi, a déclaré que le recteur Naci İnci avait révoqué son admission à l’université ainsi que celle de quatre autres étudiants après leur participation présumée à des manifestations contre l’arrestation en mars du maire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu.
25 septembre : la police et des agents de sécurité privés sont intervenus lors d’un salon des associations étudiantes à l’université Ege, arrêtant une vingtaine d’étudiants qui affirmaient exercer leur droit démocratique de distribuer des journaux et des magazines.
LIBERTE D’EXPRESSION ET MEDIAS
1er septembre : l’autorité turque de régulation des médias RTÜK a imposé une suspension de cinq jours et une amende à la chaîne pro-opposition TELE 1 pour les propos tenus par le commentateur Merdan Yanardağ au sujet de la tentative de coup d’État de 2016. La sanction est applicable jusqu’au 6 septembre.
2 septembre : Le journaliste Can Taşkın, rédacteur en chef de CT Haber, a été arrêté à Nevşehir pour « diffusion d’informations trompeuses » après avoir publié des articles affirmant que des responsables locaux avaient utilisé les noms du président Erdoğan et du ministre de l’Intérieur Yerlikaya pour faire pression sur des hommes d’affaires afin qu’ils leur versent de l’argent.
2 septembre : les autorités turques ont bloqué l’accès à 311 091 sites web en 2024, soit le chiffre annuel le plus élevé depuis le début du suivi, portant le total à plus de 1,26 million depuis 2007, selon l’Association pour la liberté d’expression.
6 septembre : Le parquet général d’Istanbul requiert une peine de six à quinze ans de prison à l’encontre du journaliste Furkan Karabay, détenu depuis 114 jours pour avoir publié des articles critiques à l’égard de maires de l’opposition, pour « outrage au président » et « atteinte à des fonctionnaires ».
7 septembre : un tribunal d’Istanbul a bloqué la chaîne YouTube du journaliste en exil Can Dündar pour des raisons de « sécurité nationale et d’ordre public » après qu’il eut appelé à manifester dans la rue contre les administrateurs du CHP nommés par le gouvernement.
9 septembre : le journaliste turc Tolga Şardan s’est vu interdire de voyager après avoir rapporté que des pirates informatiques avaient violé la base de données des signatures électroniques de la BTK, une affirmation que l’autorité de régulation a démentie et pour laquelle elle a déposé une plainte pénale, mettant en évidence à la fois un scandale majeur en matière de cybersécurité et les risques encourus par les journalistes dans le climat restrictif qui règne actuellement en Turquie.
10 septembre : les autorités turques ont emprisonné trois personnes et en ont libéré d’autres sous surveillance après en avoir arrêté 14 pour avoir publié sur les réseaux sociaux des messages appelant à se rassembler devant le siège du CHP à Istanbul, alors qu’un tribunal ordonnait la prise de contrôle de la section provinciale du parti d’opposition.
15 septembre : Un nouveau rapport publié par Expression Interrupted indique que 10 journalistes ont été arrêtés, 103 ont été jugés et des dizaines d’autres ont fait l’objet de nouvelles poursuites judiciaires en Turquie au cours du deuxième trimestre 2025, laissant 33 personnes toujours emprisonnées pour des accusations liées au terrorisme, tandis que les sanctions de la RTÜK continuaient de dominer le climat répressif qui règne dans les médias du pays.
17 septembre : selon le MFRR, la Turquie s’est classée troisième parmi les pays candidats à l’adhésion à l’UE en matière de violations de la liberté de la presse au cours du premier semestre 2025, avec 64 incidents touchant 157 journalistes et médias, principalement des arrestations, des détentions et des condamnations pour des chefs d’accusation tels que « outrage au président » ou « terrorisme », dans un contexte de violences policières lors des manifestations contre la détention du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu et de censure continue par l’autorité de régulation RTÜK.
18 septembre : L’autorité turque de régulation de l’audiovisuel RTÜK a infligé à Netflix, Prime Video, Disney XD, MUBI et HBO Max une amende équivalente à 3 % de leurs recettes publicitaires et ordonné le retrait de certains films jugés « obscènes » et portant atteinte aux valeurs familiales dans le cadre de la campagne « Année de la famille », alors que des critiques dénoncent le fait que les sanctions du conseil visent principalement les médias d’opposition et censurent la visibilité des personnes LGBTQ+.
19 septembre : Le ministère turc de l’Intérieur a déposé une plainte pénale contre l’auteur-compositeur-interprète Mabel Matiz pour obscénité présumée dans sa chanson « Perperişan », demandant son retrait des plateformes de streaming en vertu de l’article 226 du code pénal, dans le cadre d’enquêtes parallèles sur une série télévisée et des groupes de musique dans le cadre de la campagne « Année de la famille » menée par le gouvernement.
23 septembre : les procureurs turcs ont ouvert une enquête pénale contre la chaîne de télévision pro-opposition TELE1 après qu’un sous-titre ait par erreur indiqué « Quelle est la différence entre RTE [Recep Tayyip Erdoğan] et Netanyahu ? », arrêtant trois journalistes en vertu de l’article 299 malgré les excuses de la chaîne, dans ce que les détracteurs considèrent comme une escalade des restrictions à la liberté de la presse.
24 septembre : les procureurs turcs ont inculpé l’avocat Burak Saldıroğlu pour avoir prétendument « pris pour cible des fonctionnaires dans le cadre de la lutte contre le terrorisme » à la suite d’une publication sur les réseaux sociaux critiquant le procureur général d’Istanbul, Akın Gürlek, et un juge, dans le cadre d’une répression plus large visant des figures de l’opposition, dont le leader du CHP emprisonné, Ekrem İmamoğlu.
24 septembre : La journaliste Feyza Nur Çalıkoğlu, du journal Karar, risque jusqu’à trois ans de prison après que les procureurs, agissant sur plainte de la présidence de la gestion des migrations, l’ont inculpée en vertu de l’article 217/A pour avoir rendu compte des suicides et des abus commis au centre de rétention de Çatalca.
INDEPENDANCE JUDICIAIRE ET PRIMAUTE DU DROIT
9 septembre : La CEDH a notifié à la Turquie 1 000 nouvelles requêtes concernant des condamnations liées à l’utilisation de ByLock, portant à 6 000 le nombre total d’affaires examinées dans le cadre de sa procédure de jugement pilote qui a conclu à des violations systématiques des droits dans les poursuites engagées contre des membres présumés du mouvement Gülen.
10 septembre : la police turque a arrêté 17 personnes lors d’une descente menée avant l’aube dans la municipalité d’Antalya, dirigée par le CHP, dans le cadre d’une enquête pour corruption qui avait déjà conduit à l’emprisonnement du maire Muhittin Böcek. Les leaders de l’opposition qualifient cette opération de répression politiquement motivée à l’encontre des gouvernements locaux.
13 septembre : les procureurs d’Istanbul ont ordonné la détention du maire de Bayrampaşa, Hasan Mutlu, et de 46 autres personnes pour corruption. La police a effectué des perquisitions dans 72 sites dans le cadre d’une vaste opération de répression contre les municipalités dirigées par le CHP, qui a déjà conduit à l’emprisonnement de figures importantes de l’opposition.
17 septembre : Hasan Mutlu, maire CHP du district de Bayrampaşa à Istanbul, a été arrêté avec 25 autres personnes dans le cadre d’une enquête pour corruption que les détracteurs qualifient de motivée par des raisons politiques. Il est ainsi le 12e maire CHP emprisonné depuis les élections locales de 2024 et fait partie d’une vague de répression plus large qui a vu plus de 500 personnalités liées au parti être placées en détention.
18 septembre : dans l’affaire des « mineures détenues », où 15 mineures ont été arbitrairement placées en détention, un tribunal d’Istanbul a condamné 11 accusés à plus de six ans de prison pour appartenance au mouvement Gülen et huit autres à un peu plus de trois ans pour avoir aidé ce mouvement, fondant son verdict sur des activités non criminelles telles que le fait d’étudier ensemble, de donner des cours particuliers à des enfants, de vivre dans des appartements en colocation et d’apporter un soutien familial aux étudiants, tout en acquittant 19 autres personnes.
19 septembre : lors de sa réunion du 15 au 17 septembre, le Comité des ministres du Conseil de l’Europe a renouvelé ses appels à la Turquie pour qu’elle libère immédiatement Selahattin Demirtaş et Osman Kavala, conformément aux arrêts contraignants de la Cour européenne des droits de l’homme, soulignant que leurs détentions pour des motifs politiques violent la Convention européenne des droits de l’homme et portent atteinte à l’État de droit.
24 septembre : un tribunal d’Istanbul a suspendu le congrès provincial extraordinaire du CHP malgré une décision de la commission électorale autorisant sa tenue, mais les délégués ont réélu Özgür Çelik à la présidence. Les leaders de l’opposition ont dénoncé cette décision comme un « coup d’État judiciaire » et les marchés ont chuté dans un contexte d’incertitude politique.
24 septembre : Selahattin Demirtaş a comparu devant la 18e chambre pénale du tribunal de première instance de Diyarbakır, accusé d’avoir insulté l’État turc, incité à la haine, incité à commettre des crimes, fait l’éloge du crime et des criminels, et enfreint la loi sur les réunions et les manifestations pour des discours prononcés en 2016. La prochaine audience est prévue pour le 19 janvier 2026.
25 septembre : le Fonds turc d’assurance des dépôts d’épargne a nommé deux chroniqueurs pro-gouvernementaux à la tête de Habertürk TV, Show TV et d’autres médias saisis à Can Holding dans le cadre d’une enquête pour blanchiment d’argent, dans le cadre d’une vague de rachats d’entreprises qui, selon les détracteurs, sert à renforcer le contrôle de l’État sur les médias.
27 septembre : les procureurs turcs ont arrêté cinq anciens fonctionnaires de la municipalité métropolitaine d’Ankara et des dirigeants d’une société événementielle dans le cadre d’une enquête pour corruption portant sur des contrats gonflés et une perte de 154 millions de livres turques (3,7 millions de dollars) liée à 32 événements culturels organisés entre 2021 et 2024. Le parti d’opposition CHP rejette cette affaire, qu’il qualifie de persécution politique visant ses municipalités.
29 septembre : Les co-rapporteurs de l’APCE, Lord David Blencathra et Stefan Schennach, ont averti que les pressions politiques croissantes et le harcèlement judiciaire à l’encontre du principal parti d’opposition turc, le CHP, menaçaient la démocratie dans le pays, exhortant les autorités à mettre fin aux poursuites judiciaires motivées par des considérations politiques et à respecter l’État de droit.
REFUGIES ET MIGRANTS
8 septembre : selon un communiqué du bureau du gouverneur de Balıkesir, un bateau à grande vitesse transportant 35 personnes est entré en collision avec un navire des garde-côtes au large de la côte du district de Badavut, à Ayvalık, faisant cinq morts, une femme gravement blessée et un migrant porté disparu.
24 septembre : Nicolai Palamarciuc, un travailleur moldave, est décédé après avoir été ligoté et sauvagement battu par les proches de son employeur dans un atelier de maroquinerie à Istanbul, mettant en lumière l’exploitation et la violence systémiques auxquelles sont confrontés les travailleurs migrants sur le marché du travail précaire en Turquie.
TORTURE ET MAUVAIS TRAITEMENTS
10 septembre : les autorités turques ont interdit à Sueda Güngör, étudiante emprisonnée, d’assister aux funérailles de son père, İbrahim Güngör, ancien administrateur universitaire âgé de 72 ans et atteint de la maladie d’Alzheimer, décédé en prison le 7 septembre après que ses demandes répétées de libération pour raisons de santé aient été ignorées.
14 septembre : Des proches et des amis réclament la libération d’Ayşe Solak, une femme de 49 ans atteinte d’un cancer du sein, qui purge une peine de six ans et huit mois à la prison d’Aydın pour ses liens présumés avec Gülen, alors qu’elle suit actuellement une chimiothérapie. Des organisations de défense des droits humains alertent sur le fait que sa santé est gravement menacée.
16 septembre : le député turc Ömer Faruk Gergerlioğlu a déclaré que Hüseyin Parlak, un prisonnier âgé de 70 ans, était décédé à la prison de Manisa Alaşehir en raison de graves négligences. Il a affirmé que celui-ci avait été détenu dans une cellule sans fenêtre pendant une période de chaleur extrême, renvoyé à plusieurs reprises de l’hôpital sans avoir subi les examens appropriés, et n’avait été admis en soins intensifs qu’à l’article de la mort. Les autorités n’ont toujours pas fourni d’explication officielle.
22 septembre : La famille de Dede Anıl, détenu presque paralysé souffrant de graves lésions cérébrales, d’insuffisance cardiaque et de BPCO, réclame sa libération après que l’institut médico-légal turc l’ait jugé apte à rester en prison, malgré les rapports médicaux le déclarant invalide à 98 %.
25 septembre : Ömer Faruk Gergerlioğlu, député du Parti démocratique des travailleurs (DEM), a demandé la libération d’Ayşe Solak, 49 ans, atteinte d’un cancer du sein de stade III et purgeant une peine de six ans et huit mois à la prison d’Aydın pour ses liens présumés avec Gülen, sur la base de l’utilisation de ByLock et de relevés bancaires. Il a dénoncé le maintien en détention de cette femme comme étant inhumain et motivé par des raisons politiques.
MINORITE KURDE
18 septembre : dans le district d’Akdeniz à Mersin, des journalistes des médias pro-kurdes Jinnews, Mezopotamya Agency et PİRHA qui couvraient une manifestation publique ont été agressés par la police. Certains ont été victimes de violences et leurs caméras ont été rendues inutilisables. L’Association des femmes journalistes de Mersin et l’Association des journalistes Dicle Fırat ont condamné cette attaque et annoncé qu’elles porteraient plainte contre les responsables.
22 septembre : un tribunal d’Ankara a bloqué l’accès à l’agence de presse Fırat News Agency (anf-news.com), basée à Bruxelles, le 19 septembre, invoquant des raisons de sécurité nationale et d’ordre public, poursuivant ainsi la longue tradition turque de restrictions à l’égard des médias kurdes et des libertés numériques.
26 septembre : la Cour constitutionnelle turque a rejeté la plupart des plaintes pour violation des droits humains déposées à la suite du meurtre, en 2015, de Taybet İnan, mère kurde de neuf enfants, dont le corps est resté dans la rue pendant une semaine pendant le couvre-feu à Şırnak, ne constatant qu’une violation des restrictions en matière d’inhumation. Sa famille prévoit de faire appel devant la Cour européenne des droits de l’homme.
REPRESSION TRANSNATIONALE
17 septembre : les autorités turques ont ouvert des enquêtes pénales sur des dissidents identifiés à partir de photos publiées sur les réseaux sociaux lors d’une manifestation qui s’est déroulée le 25 juin à Copenhague. Elles ont utilisé des outils de renseignement policier pour établir le profil des participants et ont transmis les données aux procureurs de toute la Turquie, soulignant ainsi la répression extraterritoriale menée par Ankara à l’encontre des partisans présumés du mouvement Gülen, malgré les décisions de la CEDH contre de telles poursuites.