JANVIER 2026 – ACTUALITÉ DES DROITS HUMAINS EN TURQUIE
ARRÊTS DE LA CEDH
13 janvier : La CEDH a jugé que la Turquie avait violé le droit à un procès équitable en confirmant le licenciement en 2016 d’un enseignant universitaire d’Ankara fondé uniquement sur des allégations non vérifiées liées à l’application ByLock, sans lui offrir une réelle possibilité de contester les preuves. La Cour a rejeté l’argument du gouvernement fondé sur l’état d’urgence dans le cadre de la répression post-coup d’État visant le mouvement Gülen.
Cliquez sur le lien suivant pour lire l’intégralité de l’arrêt : https://hudoc.echr.coe.int/eng#{%22itemid%22:[%22001-247826%22]}
29 janvier : Selon le rapport annuel de la Cour, la Turquie a introduit le plus grand nombre de nouvelles requêtes devant la Cour européenne des droits de l’homme en 2025, avec 6 743 requêtes, et présentait le plus important volume d’affaires pendantes (18 464), la plupart liées aux détentions, procès et licenciements intervenus après la tentative de coup d’État de 2016.
Pour lire l’intégralité du rapport annuel 2025 :
DROIT À LA VIE
12 janvier : La 1re cour d’assises criminelle de Yüksekova a condamné un soldat pour « homicide involontaire » après avoir tiré depuis une zone militaire et tué Sertip Şen, 46 ans, le 2 mai 2019. La peine a été réduite de deux ans à un an et huit mois en raison de la « bonne conduite » de l’accusé pendant le procès. L’affaire a suscité des inquiétudes quant à l’impunité des forces de sécurité en Turquie.
DROIT À LA LIBERTÉ ET À LA SÛRETÉ – ARRESTATIONS ET DÉTENTIONS ARBITRAIRES
Au cours du mois d’octobre, au moins 330 personnes ont été placées en détention pour des liens présumés avec le mouvement Gülen, marquant la dernière vague de la purge menée à Ankara depuis 2016.
2 janvier : Une commission pénitentiaire de la prison de Marmara a refusé la libération conditionnelle de l’avocat des droits humains Selçuk Kozağaçlı pour prétendu manque de bonne conduite, selon l’agence Etkin News Agency, ravivant les inquiétudes concernant la politisation des procédures de libération conditionnelle.
7 janvier : Un tribunal du sud-est de la Turquie a condamné la journaliste kurde Perihan Kaya à plus de 18 mois de prison pour des accusations liées au terrorisme, la déclarant coupable par contumace d’appartenance à une organisation terroriste.
24 janvier : Un tribunal turc a condamné un homme à sept ans et demi de prison pour avoir prétendument transféré de l’argent à des familles de personnes emprisonnées pour des liens supposés avec le mouvement Gülen, un verdict que les critiques considèrent comme emblématique de la criminalisation de l’aide humanitaire aux proches des détenus.
28 janvier : La police turque a interpellé 151 personnes dans 46 provinces au cours des deux dernières semaines pour des liens présumés avec le mouvement Gülen ; 82 ont été arrêtées et 54 placées sous contrôle judiciaire, selon le ministre de l’Intérieur Ali Yerlikaya, malgré des décisions contraires de la CEDH concernant notamment l’usage de l’application ByLock ou des appels depuis des téléphones publics.
28 janvier : Un tribunal turc a condamné Ramazan Demir, avocat du politicien kurde emprisonné Selahattin Demirtaş, à 11 ans et 3 mois de prison pour des accusations liées au terrorisme, ainsi que d’autres avocats de défense des droits et proches de détenus, dans une affaire largement critiquée comme criminalisant l’activité de défense juridique.
DROITS DES FEMMES ET L’EGALITE DES GENRES
2 janvier : Un rapport annuel du Centre de recherche socio-politique (SAMER) a recensé 420 féminicides et 508 décès suspects de femmes en Turquie en 2025, ainsi que des violences sexuelles et physiques répandues. Les critiques établissent un lien entre l’impunité persistante et les politiques gouvernementales après le retrait de la Turquie de la Convention d’Istanbul.
8 janvier : Près de neuf femmes sur dix travaillant dans l’industrie turque du cinéma et de la télévision déclarent avoir subi harcèlement, violences, discriminations ou autres violations graves au travail, selon un rapport du Syndicat des travailleurs du cinéma (SİNE-SEN).
DROIT DES RÉFUGIÉS ET MIGRANTS
6 janvier : Deux couples ouïghours et un bébé d’un mois ont été placés en rétention administrative dans des centres d’éloignement en Turquie et risquent l’expulsion vers la Chine après leur arrestation à Istanbul, malgré des permis de résidence de longue durée.
INDÉPENDANCE JUDICIAIRE ET ÉTAT DE DROIT
2 janvier : La Turquie a prolongé de deux mois le mandat d’un administrateur nommé par l’État à la tête de la municipalité de Mardin, maintenant la ville sous contrôle central malgré l’acquittement du maire élu Ahmet Türk.
8 janvier : Un ancien fonctionnaire turc, Tayhan Şimşek, ayant dénoncé une corruption présumée au sein de l’entreprise publique TURAŞ, a été placé en détention avant son procès pour des accusations liées aux données personnelles, suscitant des inquiétudes quant à la protection des lanceurs d’alerte.
23 janvier : Un tribunal turc a condamné Ahmet Özer, maire CHP du district d’Esenyurt à Istanbul, à plus de six ans de prison pour des accusations de terrorisme liées à des liens présumés avec le PKK.
27 janvier : Le Fonds public d’assurance des dépôts (TMSF) a mis en vente Boyteks Tekstil, entreprise saisie après la tentative de coup d’État de 2016, avec une valorisation préliminaire de 14,3 milliards de livres turques.
LIBERTÉ D’EXPRESSION ET DES MÉDIAS
7 janvier : Les procureurs turcs ont ouvert une enquête pénale au titre de la loi sur la désinformation contre le commerçant Murat Kırçı, à la suite d’une vidéo publiée sur les réseaux sociaux dans laquelle il critiquait la situation économique et s’adressait au ministre des Finances Mehmet Şimşek.
8 janvier : La Turquie a bloqué 26 comptes X liés à l’Association des Maisons du Peuple (organisation de gauche) pour des motifs de sécurité nationale et d’ordre public, sans notification officielle, selon l’Association pour la liberté d’expression.
9 janvier : Les autorités turques ont bloqué l’accès, depuis la Turquie, aux comptes X de l’agence pro-kurde Mezopotamya et de l’agence Jin News pour des motifs de sécurité nationale et d’ordre public.
12 janvier : Un rapport annuel de la Plateforme de suivi et de rapport sur les droits linguistiques kurdes a documenté au moins 70 violations visant la langue et la culture kurdes en Turquie en 2025, dans les espaces publics, les médias, les arts et les prisons. Le rapport évoque une censure systématique, une criminalisation et des restrictions, notamment des interdictions concernant l’expression en kurde, l’éducation, les activités culturelles et la correspondance des détenus.
13 janvier : Un procureur turc requiert jusqu’à quatre ans de prison contre le journaliste Zafer Arapkirli pour une publication sur les réseaux sociaux ne mentionnant aucun nom, mais considérée comme une insulte au président Recep Tayyip Erdoğan.
13 janvier : L’Autorité turque des technologies de l’information et de la communication (BTK) a ordonné le blocage de dizaines d’articles traitant de corruption et de sujets politiquement sensibles sur le site indépendant Kısa Dalga, notamment des enquêtes sur des allégations de blanchiment d’argent impliquant les hommes d’affaires Sezgin Baran Korkmaz et Cihan Ekşioğlu ainsi que des investigations liées à la municipalité d’Istanbul dirigée par l’opposition.
13 janvier : Les Universitaires pour la paix ont marqué le 10e anniversaire de leur pétition de 2016 en renouvelant leur demande de réintégration. Malgré un arrêt de la Cour constitutionnelle de 2019 jugeant que leur sanction violait la liberté d’expression, des centaines des 549 universitaires limogés par décrets d’urgence demeurent exclus de la fonction publique.
14 janvier : Un rapport de l’Association pour la liberté d’expression indique que des plateformes mondiales telles que Meta, TikTok, Google et X sont devenues partie intégrante du système de censure turc en vertu de la loi n° 5651, en se conformant largement aux demandes de suppression de contenus et de transmission de données, tout en offrant une transparence jugée insuffisante.
15 janvier : Le Conseil supérieur de la radio et de la télévision (RTÜK) a infligé des amendes à Show TV et NOW TV et ordonné à Disney+ et Spotify de retirer certains contenus pour atteinte présumée à la morale publique. Cette décision s’inscrit dans un contexte de critiques récurrentes accusant le régulateur, dominé par le parti au pouvoir (AKP), de cibler les contenus critiques ou non conservateurs.
16 janvier : Le journaliste Tolga Şardan a été interrogé par les procureurs à Ankara pour un reportage sur le crash d’avion du 23 décembre ayant causé la mort du chef d’état-major libyen Mohammed Ali al-Haddad, dans le cadre d’une enquête pour violation présumée du secret de l’instruction.
21 janvier : De nombreux comptes de journalistes et de médias couvrant les développements en Syrie ont été bloqués en Turquie pour des motifs de sécurité nationale et d’ordre public, y compris ceux du député Kamuran Tanhan, de l’ancien député Ferhat Encü et de groupes de supporters d’Amedspor.
21 janvier : Le journaliste français Raphaël Boukandoura a été libéré après avoir été arrêté à Istanbul alors qu’il couvrait une manifestation pro-kurde pour Libération. Il avait été brièvement transféré dans un centre de rétention pour migrants et risquait une expulsion.
22 janvier : L’Institut international de la presse a appelé les autorités turques à libérer le journaliste kurde Nedim Oruç, correspondant d’Ajansa Welat, arrêté pour des accusations liées au terrorisme en raison de sa couverture de manifestations à Şırnak.
23 janvier : Un tribunal turc a placé le journaliste Furkan Karabay en résidence surveillée dans l’attente de son procès pour diffusion présumée d’informations trompeuses, liées à son reportage pour Medyascope sur l’acte d’accusation visant le maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu.
23 janvier : Un tribunal turc a condamné le journaliste kurde Serdar Altan à un an et demi de prison pour diffusion présumée de propagande terroriste fondée sur des publications sur les réseaux sociaux, rétablissant une condamnation précédemment annulée pour violation de la liberté d’expression.
23 janvier : Cinq journalistes — Heval Önkol, Pelşin Çetinkaya, Kesira Önel, Ferhat Akıncı et Muhammed Ali Yılmaz — arrêtés alors qu’ils couvraient une manifestation pro-Rojava à Nusaybin (Mardin) le 21 janvier, ont été libérés après avoir été entendus par les procureurs.
26 janvier : Une infirmière identifiée par les initiales İ.A. a été arrêtée à Kocaeli pour avoir participé à une campagne de solidarité en ligne consistant à tresser ses cheveux en soutien aux femmes kurdes en Syrie.
27 janvier : Zilan Gül, employée de presse du journal pro-kurde Yeni Yaşam, a été arrêtée lors d’une perquisition à l’aube à Diyarbakır, dans un contexte d’interdiction de manifestation.
27 janvier : La journaliste Sedef Kabaş a été brièvement placée en garde à vue dans le cadre d’une enquête relative à des publications sur les réseaux sociaux considérées comme insultant le président et incitant à commettre une infraction.
28 janvier : Les co-maires du parti DEM à Malazgirt, Ahmet Kenan Türker et Gülistan Özel, ont été arrêtés lors de perquisitions matinales pour avoir affiché une banderole « Jin, jiyan, azadî » à la municipalité, en protestation contre des attaques dans le nord de la Syrie.
28 janvier : Les procureurs turcs ont inculpé les journalistes YouTube Hasan Köksoy et Arif Kocabıyık ainsi que Halil Kürklü pour insulte au président et dénigrement des valeurs religieuses, à la suite d’interviews de rue critiques envers le pape Léon XIV, près de deux mois après leur arrestation.
28 janvier : Deux jeunes femmes de 17 et 20 ans ont été arrêtées dans la province de Kars pour avoir partagé des vidéos de tressage de cheveux en solidarité avec les femmes kurdes du nord de la Syrie.
30 janvier : La Fédération turque de football a infligé une amende de 802 500 livres turques au club Amedspor et suspendu son président pour 15 jours, pour une vidéo sur les réseaux sociaux jugée constitutive de « propagande idéologique » en raison de l’utilisation du slogan kurde « Jin, jiyan, azadî ».
LIBERTÉ DE RÉUNION ET D’ASSOCIATION
8 janvier : Au moins 50 personnes ont été arrêtées lors d’une manifestation à Istanbul organisée par la Plateforme des institutions démocratiques à la place Şişhane, contre les attaques visant les quartiers kurdes de Sheikh Maqsoud et Ashrafieh à Alep, après intervention des autorités invoquant des « slogans illégaux ».
15 janvier : Quatre personnes ont été arrêtées à Diyarbakır pour avoir participé à des manifestations contre les attaques visant les Kurdes à Alep, puis placées en détention pour participation à une manifestation illégale.
20 janvier : Le ministre turc de la Justice, Yılmaz Tunç, a annoncé l’ouverture d’enquêtes contre 356 personnes ayant manifesté contre les affrontements en Syrie impliquant les Forces démocratiques syriennes kurdes, avec 35 arrestations et 45 placements sous contrôle judiciaire.
23 janvier : Le gouvernorat de Diyarbakır a interdit pendant quatre jours (23–26 janvier 2026) toutes les réunions, marches, déclarations à la presse et activités de protestation dans la province, restreignant également l’entrée et la sortie des personnes et véhicules soupçonnés de se rendre à des manifestations.
TORTURE ET TRAITEMENTS INHUMAINS OU DEGRADANTS
6 janvier : Le Conseil turc de médecine légale a estimé que le détenu Abdullah Tırpan, âgé de 72 ans, pouvait rester incarcéré malgré de graves problèmes de santé, suscitant l’inquiétude de sa famille quant au risque vital.
9 janvier : Le député d’opposition Ömer Faruk Gergerlioğlu a dénoncé des abus systématiques à la prison d’Erzurum Dumlu n°2, notamment des menaces, des privations d’eau chaude et des sanctions disciplinaires arbitraires.
15 janvier : Une ancienne détenue, Filiz Turun, a déclaré avoir subi des fouilles corporelles répétées, des abus sexuels et des traitements médicaux dégradants lors de sa détention à Gaziantep pour des liens présumés avec le mouvement Gülen, avant de fuir la Turquie en 2024.
26 janvier : Un homme identifié par les initiales D.K. a été hospitalisé avec un risque d’hémorragie cérébrale après avoir été battu par des gendarmes lors de son arrestation à Nusaybin (Mardin) et incarcéré avant la fin de son traitement médical.
27 janvier : L’universitaire Emre Uysal, emprisonné pour des liens présumés avec le mouvement Gülen, a alerté dans une lettre sur une grave détérioration psychologique et un risque suicidaire, en raison d’une dépression et d’une épilepsie non traitées.
28 janvier : Un tribunal turc a refusé la libération de Ferah Oktan, ancienne enseignante de 37 ans atteinte d’un cancer de stade IV, malgré un rapport médico-légal recommandant la suspension de sa peine pour raisons médicales.
30 janvier : Emre Turan, ancien enseignant emprisonné pour des liens présumés avec le mouvement Gülen, fait face à une grave crise de santé due à une colite ulcéreuse aggravée et à des hémorragies importantes, sans transfert hospitalier malgré les alertes de sa famille.